Au XIX siècle, bien avant la naissance de VOGUE Homme, on publia, afin de guider l’élégance masculine, une quantité de recueils.
Tandis qu’Honoré de Balzac écrit Physiologie de la Toilette et De la cravate considérée en elle-même et dans ses rapports avec la société et les individus, certains traités anglais se consacrent entièrement au cigare, récemment introduit dans les milieux dandy.
Ils expliquent comment se tenir élégamment avec un havane à la main, comment Lord Henry Seymour, un des dandys le plus en vue à cette période, les conserve (il les classait dans une sorte de « bibliothèque » et des tiroirs parfumés) ou encore comment faire des spirales avec la fumée.
Inconsciemment, la consommation de tabac du dandy symbolisait parfaitement sa conception du monde et son comportement face à celui-ci : allumer une cigarette était une activité « inutile » et de ce fait un acte aristocratique. Bien que les snobs à cigares existent toujours, difficile de demeurer blasé lorsqu’on est contraint de fumer une cigarette sur le trottoir, exposé à la dureté de notre climat actuel et les regards moqueurs des passants et ceux, méprisants, des membres d’associations des droits des non-fumeurs.
Il en va de même avec grand nombre de snobismes et privilèges, autrefois réservés à une élite, que l’on accuse soudainement de gaspillage. Prenez par exemple les drogues. Qu’il s’agissait de haschich, de cannabis ou d’opium, jusqu’au début du XX siècle, seulement quelques aristocrates ou autorités artistiques et intellectuelles, comme Cocteau ou Baudelaire, avaient les moyens de s’offrir ce genre de friandises. Ainsi, les premières consommations de produits chimiques comme l’héroïne ou la morphine, préparés dans les laboratoires clandestins en Suisse et en Allemagne – pays réputés pour leur « propreté » –, étaient également, puisque distribués à quelques adeptes rares - et souvent d’une classe supérieure-, tolérées par les instances locales. Mais face à une popularité croissante, toujours par la faute de la démocratisation, il fallait créer des lois pour lutter contre leurs usages. La drogue devint alors un délit.
Il en était de même avec l’alcool. Les meilleurs breuvages étaient toujours destinés à la fine fleur. L’hydromel le plus écumant était réservé aux dieux du Walhalla, les meilleurs vins et champagnes partirent jadis directement à Versailles (aujourd’hui au Japon) et le meilleur whiskey se boit dans un Chesterfield patiné. C’est seulement lorsque l’industrie a rendu la fabrication de l’alcool plus expéditive - et lorsque le peuple s’est mis à consommer des boissons plus élitistes, que la bière et le « rouge qui tâche » -, que les premières vigilances et incitations à la modération se sont manifestées.
Encore un snobisme perdu…
Or, même si le progrès se dévoile ainsi comme serial-killer de snobismes par excellence, il faut avouer qu’il nous en fournit des nouveaux aussi.
Comme la noce au Cirque d’hiver de Fabienne Servan-Schreiber et Henri Weber. Il paraîtrait même que ceux qui n’étaient pas présents à leur mariage « n’existent pas socialement ».
Vous y n’étiez pas convié ? Rassurez-vous : c’est en snobant les ducs et les duchesses, que George Brummell, le plus célèbre des dandys, s’assurait le triomphe le plus parfait…
Je pourrais vous citer d’autres exemples de snobismes disparus. Tenez, le jeu. Qui fréquentait autrefois les hippodromes et cynodromes ? Et qui voit-on de nos jours, faire la queue chez le marchand de tabac pour acheter des loteries et des grattages à 1 euro ? Ce n’est ni un Duc de Marlborough ni une Duchesse de Kent ! Il faut que chaque jeu soit géré par une autorité car la direction des impôts veut tout savoir. Elles font une exception pour les billets d’une tombola pour des œuvres charitables, monnayés par des petits scouts détestables ou quelques dames en Chanel.
Mais bon, ce n’est pas très excitant : la philanthropie n’est pas un gaspillage. Pourtant, selon Honoré de Balzac, « La tombola, c’est l’opium des pauvres. »…..

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen