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INTERVIEWS

Le portrait d’ALICE MASSAT

Une interview en forme de défense

jeudi 9 octobre 2003, par Anne Bormans

" Pourquoi s’intéresse-t-on à elle ? Pourquoi la présente-t-on à tant de gens ? Sylvie se demande ainsi ce que Jean-Adam Rollier lui trouve. Elle suit l’écrivain dans les palaces marocains, les fêtes parisiennes. Elle le voit jouer avec la célébrité, terroriser, séduire " [1].

Une jeune femme qui publie une œuvre de fiction, enfin presque de fiction, et qui choisit de lui donner comme titre Le Code civil ne pouvait que susciter un vif intérêt chez l’avocat que je suis. De l’intérêt : ne va t-on pas en 2004, célébrer le bi-centenaire de l’œuvre de Napoléon, le Code civil de tous les Français [2] ? Mais aussi de la sévérité car il est difficile face à une telle audace de ne pas se sentir ainsi dépossédé de son outil de travail quotidien...

J’ai donc lu le fameux Code civil des éditions Denoël, et rencontré Alice Massat. D’emblée, je lui ai annoncé que la vie et l’œuvre de Jean-Edern Hallier mal dissimulé derrière le personnage de Jean-Adam Rollier m’intéressaient fort peu. Alice Massat m’a donné rendez-vous près de chez elle, au bar Le Centenaire ce qui était un signe supplémentaire imposant d’enquêter sur ce fameux code.

AB : Alice Massat, vous écrivez depuis combien de temps ?

AM - Depuis l’adolescence. Depuis l’âge de 14 ans je tiens mon journal. J’ai fait des études de graphiste et de philosophie de l’art, mais c’est à 25 ans que j’ai réalisé que ce que je souhaitais c’était écrire. Exclusivement. Au début, j’étais pourtant très mauvaise. J’ai été refusé partout et c’est tant mieux. Et puis vers 30 ans, les éditions P.O.L et DENOEL se sont manifestées en même temps, pour publier Le Ministère de l’Intérieur mon premier livre. Finalement, j’ai choisi les éditions DENOEL qui me manifestaient personnellement un intérêt que je trouvais rassurant.

AB : Le Ministère de l’intérieur, Les Forces de l’Ordre, votre second roman également publié chez DENOËL, et aujourd’hui, Le Code civil, pourquoi avoir choisis ces titres institutionnels ?

AM - On peut dire que le premier s’intéressait aux lois organiques, le second, aux lois psychiques, et que celui-ci enfin, s’intéresse aux lois sociales. C’est l’histoire d’une jeune fille un peu paumée qui veut s’adapter à un milieu dont elle n’a pas les codes, les conventions, qui permettent de se tenir en société, d’évoluer dans tel ou tel milieu.

Moi-même je me sens très mal à l’aise dans la vie en société. Je n’ai pas les codes ! Plus jeune, j’étais obsédée par la justice. Je voulais être avocat. Et puis, en grandissant j’ai eu du mal à m’ouvrir au monde, à appartenir à un groupe. Encore aujourd’hui, je ne me sens jamais impliquée. A l’âge d’étudier, j’ai abandonné l’idée de justice et je n’ai pas fait d’études de droit. Je me suis tournée vers l’art. J’ai étudié Wittgenstein et la philosophie du langage. Qu’est ce qu’une phrase vraie, qu’est ce qu’une phrase fausse. Pour le savoir, il faut s’en remettre aux conventions ! Aujourd’hui, je crois que je suis délivrée de tout cela.

AB : Et vos confrères... Je veux dire le monde des auteurs vous les fréquentez ?

AM - Hé bien j’ai du mal, comme dans la plupart des familles, tout le monde s’aime et se déteste en même temps ! (Au même moment, arrive l’écrivain Richard Morgiève, il est l’auteur, notamment, de Ma vie folle, Mon Petit Garçon. Editions J. Losfeld. Il nous salue et repart....)

AM - En fait, lui, je l’aime. Enfin, on s’aime. C’est drôle non, qu’il arrive quand j’évoque les relations passionnées des écrivains entre eux ?

AB : Est-ce votre auteur préféré ?

AM - Ah oui !

AB : Vous dites que votre héroïne commet des faux pour arriver à trouver sa place en société. Ne pensez vous pas que vous vous êtes trompée de code ? Ne croyez vous pas qu’il s’agit plutôt du code pénal, le véritable titre de votre roman ?

AM : Non, je ne crois pas. Enfin...

AB : Plus généralement comment votre livre est-il reçu ?

AM - La presse ne retient que le côté people. Quant au style... Il fallait que je raconte cette histoire. Mes phrases sont écrites en 11 ou 12 pieds ce qui est absolument prohibé dans un texte en prose. Peut-être que l’alexandrin est à bannir dans les règles littéraires habituelles, mais ça ne fonctionnait pas autrement. Demain, j’enregistre une émission de Field. Par exemple, il y aura Michel Polac et il paraît qu’il m’a descendu dans Charlie Hebdo. Je ne sais pas comment ça va se passer et ce que je vais trouver à répondre !

AB - Vous n’aurez qu’à dire que vous avez consulté un avocat qui vous a dit que vous n’avez rien compris et que le titre de votre livre n’était pas le bon, que vous vous êtes trompée de code...

Attentive et amusée, Alice Massat a acquiescé de la tête, sans répondre. Je lui ai demandé de me dédicacer mon exemplaire de son livre. Elle a soigneusement barré " civil " sur la page intérieure et inscrit pénal au-dessus, "pour une prochaine édition" a t-elle ajouté en dessous.

Je n’ai pas regardé l’émission de Michel Field*, mais je suis sûre qu’elle a été parfaite.

P.-S.

* Alice Massat me l’a confirmée, l’émission s’est très bien passée.

Photographie d’Alice MASSAT : © Arnaud Fevrier pour DENOEL

Notes

[1] 4ème de couverture : Extrait du dernier roman d’Alice MASSAT : Le Code civil. Denoël 2003

[2] offert actuellement, par Litec pour tout achat d’un code civil 2004

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