Pour commencer : snobez, snobez, snobez !
Comme les années précédentes, cette nouvelle année sera envahie par une quantité infinie de choses morbides et méprisables. Je peux d’ores et déjà vous garantir que vous ne chômerez pas.
Ensuite : Lâchez un virus sanguinolent dans votre blog, feignez de ne pas savoir ce qu’est Myspace, envoyez des lettres de menace à tous vos « amis » sur Facebook et dédaignez le parrainage pour A Small World. J’espère tout de même que vous aspirez à un snobisme supérieur à cette petite vanité, ce tout petit snobisme, de s’entendre dire : vous qui connaissez des gens du monde !!
Tous ces « partages », aussi élitistes et incestueux qu’ils soient, rappellent le socialisme ou le communisme, alors qu’on nous a pourtant dit qu’ils étaient morts. Toute participation à une initiative collective, toute appartenance à une nomenklatura, tous ces attroupements virtuels, ne sont guère plus que des soumissions aux lois économiques. Vous vous doutez bien que ces affectations démocratiques ne méritent aucune attention de la part d’un véritable snob. Car toute communauté n’a qu’un seul but : tuer l’identité !
Par ailleurs, qui a dit que le snob était un être populaire ?
À l’origine, popularité voulait dire : le fait d’être aimé par la population, le peuple, la plèbe, par le grand nombre. Pas besoin de vous expliquer que cela n’est pas un vrai acte snob non plus : l’histoire a prouvé amplement que la plupart des aristocrates préféraient plutôt déplaire et être haïs. Puis, au demeurant, je vous le rappelle une ultime fois le passe-temps favori de l’élite : jouer à l’anonymat. Car le jeu de l’incognito est un privilège, un délassement princier.
Il est un fait que le monde d’aujourd’hui est tellement vain qu’il ne faudrait faire ses mondanités que tout seul. Prenez donc comme exemple une certaine Madame Ménard-Dorian, source d’inspiration de Proust, à qui on proposait de présenter un Broglie : « Un prince chez moi ! Jamais ! » Mais le snobisme « républicain » est devenu rare. Excusez-vous alors simplement comme Lady Clapperclaw dans « The Book Of Snobs » auprès de ceux qui cherchaient à s’incruster dans son cercle amical : « Mes salons sont déjà trop pleins ! »
Je vous souhaite une année 2008 snoblissime !

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen