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INTERVIEWS

SIGRID de MONTROND

Au pays des robes "couleur du temps" ...

dimanche 2 janvier 2005, par Agnès Sofiyana

Sigrid a 13 ans, lorsque son père l’emmène voir au cinéma le film Peau d’Âne, de Jacques Demy. A l’époque, elle ne connaît pas Venise, bien sûr, mais les robes sublimes que porte la jeune Catherine Deneuve laissent une empreinte vivace dans sa mémoire.

A compter de ses 20 ans, Sigrid commence à faire ses propres vêtements et à s’habiller avec ses créations : des robes très "coutures", du style années 50, avec un air de jeune héroïne de film d’époque. Puis, elle commence à avoir des commandes, pour d’autres femmes.

A 25 ans, l’idée de faire une collection la stimule : elle expose alors pendant plusieurs années, ses collections dans les Boutiques du Palais des Congrès.

C’est là, qu’elle fait la rencontre d’un homme qui projetait d’aller à Venise pour le carnaval, qui a lieu tous les ans au mois de février. L’idée l’enchante et elle décide de l’accompagner.

La rencontre avec Venise fut un vrai coup de foudre : la ville magique se transforme pendant le carnaval en véritable conte de fées et les soupirants costumés, les lumières de la ville, les fêtes somptueuses, les palais vénitiens aux décorations majestueuses, participent à ce que Sigrid appellera une renaissance dans sa vie.

Tout ce dont elle rêvait enfant était là, sous ses yeux d’adulte : comment ne pas se laisser envelopper par la magie du rêve devenu réalité ?

Pendant des années, Sigrid avait rendez-vous avec son rêve, tous les ans à la même époque, au carnaval de Venise. Elle y côtoyait beaucoup de gens, des vénitiens, des italiens, mais aussi beaucoup de français et des étrangers qui, comme elle, étaient tombés amoureux de cette fête éphémère qui permet de vivre pendant quelques jours, l’époque faste et brillante de la monarchie.

A chacun des carnavals, Sigrid crée de nouveaux costumes : elle aime particulièrement la diversité des tissus, la noblesse de la soie, si agréable au toucher, la douceur du velours, la sensualité de la dentelle et l’aspect brut du lin. Matières auxquelles elle n’hésite pas à mélanger d’autres, plus insolites sur un costume. Son travail est impeccable, digne des plus grands couturiers d’hier et d’aujourd’hui.

Chaque costume semble être le plus beau de tous ceux qu’elle a créés jusqu’alors, mais à peine est-il terminé qu’elle rêve déjà au prochain.

Ses robes majestueuses sont inspirées de celles qui envahissaient les palais parisiens aux 18ème et 19ème siècles, mêlant parfois des aspects des deux époques, dans le soucis constant de créer des parures baroques ou féminines, à chaque fois uniques.

Ainsi, sa passion l’a conduite à fabriquer un costume en plumes, absolument magnifique, puis un autre avec des cheveux et encore un autre tout en sacs plastiques : Sigrid ne verse pas dans le classicisme, elle innove et invente des techniques qui lui permettent de donner naissance à des robes irréelles, spectaculaires, esthétiques, parfois simplement agréables au regard mais toujours décalés par rapport aux standards, ce qui donne à ses costumes une sublime extravagance.

En 1999, elle en expose quelques uns dans une galerie de Saint-Germain-des-Prés accompagnés de quelques photos du dernier carnaval. Elle en exposera certainement d’autres bientôt, mais cette fois à Venise même, où elle espère y vivre un jour.

Car Sigrid veut réaliser entièrement son rêve d’où l’idée de prendre un palais vénitien pour y organiser des soirées, et surtout y vivre.

Venise intemporelle, insolite, mais aussi austère et exigeante s’avère idéale pour la création. Sigrid sent que c’est ici qu’elle va pouvoir laisser sa créativité s’exprimer et produire de ses doigts de fées des robes aussi divines et inimaginables que celles que Perrault avait inventées pour sa Peau d’Âne.

Venise, c’est le carnaval bien sûr, mais aussi à l’occasion d’événements culturels variés : la Biennale d’Art contemporain, la Mostra (Festival du film de Venise), les expositions exceptionnelles du Palazzo Grassi, du Moseo Correr ou du Palazzo Venier de Leoni qui abrite la célèbre collection d’art du 20ème siècle de Peggy Guggenheim.

Sigrid se promène dans Venise comme si elle y avait toujours vécue. Elle reste charmée par les courbes architecturales des églises et des palais, et la diversité des influences artistiques : Venise, de par sa position portuaire, était une plaque tournante pour des milliers de marchands au temps où le commerce prenait systématiquement les voiles.

La ville et l’eau se partagent Venise. Cette proximité exacerbée a quelque influence surprenante : le temps semble s’être arrêté à Venise. et pourtant il semble qu’il s’y passe toujours quelque chose d’extraordinaire ou de chimérique.

Une fois par an, deux carnavals parallèles ont lieu dans la ville mythique.

Le carnaval de la rue, où les italiens et les vénitiens défilent dans des costumes artisanaux et spectaculaires, où les géants de papier côtoient les touristes émerveillés.

Et l’autre carnaval, celui qui est, avant tout, privé.

Où chaque carton d’invitation est jalousé.

Cela pourrait ressembler aux coulisses d’un music-hall mais en réalité, on se retrouve bel et bien dans une ambiance de cour monarchique du 18ème ou 19ème siècles, avec ses chuchotements, ses secrets, ses rivalités. En somme, un très petit monde narcissiquement refermé sur lui-même.

Là, les costumes se font somptueux, élégants, le mobilier d’époque, la lumière légèrement tamisée, la décoration riche et brillante, les boissons exquises, les plats abondants, et les conversations florissantes.

Ce carnaval pittoresque et fastueux rassemble étrangement les paradoxes de la vie vénitienne : tout se sait et tout se dit dans ce monde où les affinités électives se nouent fébrilement, au grés de codes de savoir-vivre, où le provincial et le mondain se mêlent, où la règle est soutenue par la force du silence et par la superficialité des relations sociales.

Lorsque Sigrid rencontre son prince charmant, architecte et escrimeur, ils décident ensemble de restaurer un vieux palais vénitien du 15ème siècle.

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Sigrid de Montrond
Premier prix des "Chapeaux de l’Arc" du Figaro Madame

Ils continuent aujourd’hui à donner une histoire à ces vieilles pierres et reçoivent à leur tour les soirées privées du Carnaval de Venise, mais également organisent des expositions d’artistes, des concerts lyriques, des défilés de créateurs...

Sigrid vit désormais entre Paris et Venise.

Lors de son dernier passage à Paris, à l’occasion du 83ème Prix de l’Arc de Triomphe à Longchamp, elle a reçu un premier prix dans le cadre du concours "Chapeaux de l’Arc" organisé par le Figaro Madame.

Le rêve de Sigrid n’est pas prêt de s’arrêter...

P.-S.

Pour joindre Sigrid, un mail : ***@aol.com ( remplacez *** par xmontrondd )

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